Lart Est Inutile Dissertations


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Notre rapport à l’art est complexe, nous prenons en compte l’appartenance des d’oeuvres à des formes d’art particulières, chacune avec ses codes et son histoire, nous voulons y trouver une expression, une émotion, un message…mais nous nous permettons de dire que telle œuvre est belle et que telle autre ne l’est pas, notre jugement va même parfois jusqu’à penser que les œuvres d’art ne sont là que pour remplir les musées et les salons. Mais au-delà des ces considérations superficielles, l’art pourrait avoir un sens, celui de nous faire voir la réalité autrement. Certes, l’art n’a peut-être pas d’utilité immédiate, cependant il peut nous ouvrir au monde, nous conduire vers la contemplation du beau.

N’est-ce pas l’inutilité de l’art qui fait sa richesse ? Nous verrons tout d’abord que l’art peut être considéré comme quelque chose d’inutile. Puis nous tenterons de saisir l’œuvre d’art dans ce qu’elle peut avoir d’utile pour l’artiste et pour le monde. Pour enfin nous intéresser au  sens de l’art.

 

Du point de vue du sens commun, l’utile est ce qui vise l’efficacité, la fiabilité. Or, l’art, vu par ce même sens commun, ne cherche pas la productivité efficace ou fiable. Le sens commun a tendance à saisir les objets par leur usage, l’art n’a pas d’usage particulier, il ne conserve pas la vie. Alors, le sens commun cherchera la technique de l’artiste, il décomposera pour trouver sa finalité, son but. Mais l’œuvre d’art s’impose à nous comme une réalité indécomposable. C’est l’artiste qui est cause de ce qu’il fait : en effet, dans la technique, les règles sont données à l’avance pour être répétées et faciliter la multiplication des produits fabriqués, alors que dans l’art, la règle se fait oublier dans l’ouvre, « l’artiste est spectateur aussi de son œuvre en train de naître «. C’est ce que nous explique Alain. L’œuvre d’art garde quelque chose de naturel car on ne voit plus la technique. Devant un objet technique, nous pouvons expliquer car nous le saisissons grâce à des connaissances, des concepts que nous lui appliquons. Nous allons du sujet connaissant vers l’objet étudié, Kant parlera de « jugements déterminants «. En effet, la plupart du temps, le sens commun est soucieux de la vérité d’un objet : on juge la perfection technique d’un objet donc la valeur marchande, son usage, en appréciant l’adéquation de celui-ci à son concept. Mais le principe d’adéquation ne peut pas s’appliquer dans l’art parce que l’œuvre va vers le spectateur et plusieurs interprétations sont possibles. Kant parlera alors de « jugements réfléchissants «, car l’œuvre d’art suscite en nous des sentiments, des émotions et il n’est pas question de concept : seul l’état du sujet est important, la nature de l’objet représenté n’est que secondaire, voire inexistante. Donc, d’après le sens commun, l’art est a priori inutile : il n’a pas d’usage particulier, comme la règle tend à disparaître dans l’art, les œuvres sont ainsi inimitables ; elles ne peuvent donc être reproduites à des milliers d’exemplaires et pour finir, le jugement que l’on peut porte sur les œuvres est totalement subjectif.

C’est justement sur ce jugement, basé sur tout ce qui est sensible en nous, que Platon critique l’art dans son rapport à la réalité. En ce sens l’art est inutile car il produit une illusion, un mensonge, un simulacre. L’artiste est enfermé dans le monde sensible, une réalité fondée sur les sens, il ne peut alors que reproduire le « pâle reflet de la nature «, l’artiste n’invente rien, il peint ce qui existe déjà, surtout en s’inspirant de la réalité, il la trahit. Les œuvres d’art nous paraissent très réelles car elles nous renseignent sur la réalité mais elles ne sont pas plus vraies que la réalité que l’artiste copie. L’artiste est infidèle, dans le sens où il ne connaît même pas la réalité qu’il représente. Platon utilise l’exemple d’un peintre qui peindrait un lit. Il nous fait croire que sa réalité est plus vraie que nature, alors qu’il ne connaît pas l’objet : il ne sait pas fabriquer un lit. Il nous donne une réalité dégradée car il n’occupe que le dernier rang dans le rapport à la vérité et à la réalité de l’objet. Avant lui, il y a celui qui a l’idée du lit, puis l’artisan qui, suivant les règles du concepteur, produit le lit  alors que l’artiste reproduit de simples copies. Pascal dira même : « quelle vanité que la peinture qui force l’admiration pour la ressemblance des objets dont on n’admire point les originaux. « Pour Platon, l’artiste nous détourne du vrai car il nous éloigne de l’intelligible. La réalité n’est pas matérielle, sensible, mais dans l’Idée qui informe la réalité matérielle qui est la nôtre. L’Idée nous libère du sensible pour nous élever vers l’intelligible. Mais l’artiste se contente de reproduire la réalité sensible : l’art figuratif, les représentations de la nature…Platon pourrait trouver un sens à l’œuvre de Klein, avec son bleu IKB3 par lequel il a « matérialisé l’immatériel «. Il a représenté une idée en utilisant le monochrome comme un dépassement absolu de l’esthétique du matériel. Mais, encore une fois, pour le sens commun, l’art n’est pas utile : ce n’est qu’un bleu parmi beaucoup d’autres. Donc, non seulement l’art n’a aucun usage précis, mais il ne produit qu’une illusion, éloignée de toute réalité concrète.

 

Mais aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, l’utile a un autre sens : l’utile se définit comme ce qui produit de la richesse, or comme les œuvres d’art s’inscrivent dans le temps, elles ont une valeur inestimable : certains collectionneurs peuvent dépenser une fortune pour les acquérir. Les œuvres d’art sont donc utiles au sens le plus mercantile du terme car elles gardent une actualité, au contraire des objets techniques, qui disparaissent, sont remplacés par d’autres, plus performants. De plus aujourd’hui la culture est devenue un marché : on vient du bout du monde pour admirer La Joconde ou pour voir les pyramides d’Egypte. L’art génère donc de la richesse. Mais cette utilité est bien médiocre, la véritable utilité de l’art réside ailleurs.

En effet, l’œuvre d’art est avant tout une expression de soi. C’est une production personnelle. L’art relève d’une décision, d’un choix délibéré pour produire quelque chose. L’artiste a un projet. Au contraire des productions de la nature, qui sont instinctives. On peut dire que les productions d’abeilles sont des œuvres d’art mais ce serait par analogie, car elles ne sont basées sur aucune réflexion. L’œuvre d’art est le résultat du libre-arbitre qui coïncide avec la raison : l’art fait quelque chose, il produit alors que la nature agit, elle effectue. Les productions de l’art sont considérées comme des œuvres alors que celles de la nature ne sont que des effets car elles sont nécessaires et sans conscience. Il y a derrière l’art une intention de l’artiste. Aristote saisit l’art comme « une certaine disposition à produire, accompagnée de règles « : l’artiste amène à l’existence des choses contingentes. L’art bouleverse notre perception des choses, il nous fait regarder les choses avec un autre regard. L’art nourrit notre être profond car selon Klee, « L’artiste rend visible l’invisible «. L’art ne se contente pas de reproduire le visible : c’est ce qui nourrit sa distance avec la nature. Victor Hugo disait que « l’œuvre d’art est à l’homme ce que la nature est à Dieu «La nature est à elle-même sa propre fin. L’homme voulait créer quelque chose qui aurait « une finalité sans fin «, mais qui lui serait propre.

Donc l’art, à la différence de la nature, naît d’une intention qui nous réconcilierait avec nous-mêmes puisque l’art relierait notre intellect à la réalité sensible. C’est la vision de l’art que défend Hegel pour qui l’art serait une manifestation de l’Esprit. L’artiste serait celui par lequel nous appréhenderions les concepts, l’art serait la médiation de l’idée qui viendrait s’extérioriser par lui. Puisque seul le spirituel est vrai, il voit en l’esthétique la philosophie des beaux-arts. Elle examine comment, selon les arts, l’esprit peut s’exprimer. Or le beau « naturel «, un coucher de soleil, par exemple, ne constitue pas un objet esthétique, au contraire des œuvres d’art qui sont transfigurées par l’esprit. Ainsi, tout ce qui porte la subjectivité de l’homme est plus réel que la nature. Pour Hegel, l’artiste ne nous apprend pas à voir ce qu’on ne voit plus : il extériorise sa vision du monde dans l’art, son esprit. Nous pouvons reprendre l’exemple de Klein et de sa couleur bleue IKB3 : il s’est réalisé, il a extériorisé ses idées. Donc, du point de vue de Hegel, l’art est utile car c’est une manifestation de l’esprit. L’artiste permet ainsi la médiation des concepts, en se servant de l’apparence sensible.

 

Nous avons vu que du point de vue de l’efficacité technique, l’art produit de l’illusion. On peut alors le considérer comme inutile. Mais face à la nature, l’art manifeste une supériorité du fait qu’il exprime l’Esprit et de ce point de vue, l’art est utile. Il faudrait alors saisir l’utilité comme quelque chose qui nous libérerait de l’utilité au sens premier. Ainsi le fait de se trouver face à un objet inutile, dépourvu d’efficacité nous montrerait qu’il est essentiel de ne pas chercher le rendement partout. La contemplation esthétique consisterait en un regard désintéressé, défait de toute volonté sur l’essence des choses : leur utilité serait délaissée car seule importerait la beauté. L’œuvre d’art nous libérerait de notre regard logique sur les choses, de la vérité technique. Nietzsche, très critique à l’égard des sciences, veut voir la liberté dans l’art : il écrit ainsi que « nous avons l’art pour nous libérer de la liberté «.

La rencontre avec le beau nous libère de l’utile, car le sentiment esthétique révèle la prétention de l’universalité qui reste subjectives : nous sommes sensibles à la beauté mais de façon personnelle. L’art créerait ainsi une communication plus profonde que la froideur du concept. Mais le beau est une nation antinomique : en effet, est-il absolu ou relatif ? La beauté, à travers l’art reste un moyen de communication car on peut en discuter à l’infini. C’est donc elle qui crée le sens commun, une sorte de « milieu « entre l’absolu et le relatif. On peut également considérer  l’art comme un formidable moyen de communication car l’appréciation esthétique provoque en nous des sentiments qui nourrissent le jeu de l’imagination et de l’entendement, ainsi l’art propose une forme de dialogue indirect.

Enfin, il faut rattacher l’artiste au monde de la perception, la science ne vit pas dans ce monde, elle cherche à agir sur lui. Au contraire l’art se désintéresse du monde dans la mesure où il est utile. L’artiste ne voit pas les choses par où on peut s’en servir, mais par où il les perçoit : ce qui intéresse l’artiste, c’est l’énigme de la perception.

Ainsi, une œuvre d’art est le fruit d‘une observation de la perception, plutôt que la volonté que la volonté de l’imiter : les choses se peignent à travers le peintre, plutôt qu’il ne cherche à les reproduire. L’artiste a un autre rapport au monde : « l’entrelacs « de Merleau-Ponty montre le jeu étroitement mêlé du sujet et du monde où l’art serait l’indivision du sentant et du senti. Donc, la beauté que suscitent les œuvres d’art va au-delà du principe d’unité puisqu’elle est un moyen de communication et une façon de découvrir l’intime relation du sujet et du monde.

 

C’est en effet l’inutilité de l’art qui fait sa richesse. Comme l’art n’a pas d’autre but que lui-même, l’homme se projette dans l’art, il commence un travail d’interprétation : il crée des images, déforme la réalité. La non- objectivité de l’art fait sa force, car toutes les interprétations sont possibles. L’art n’est pas utile au sens commun du terme mais, au sens intellectuel, il développe une manifestation de l’esprit.

 




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Expression latine qui signifie "avant l'expérience". Dans le vocabulaire kantien, désigne les connaissances ou facultés qui ne dépendent pas de l'expérience, qui sont innées.
Qui ne comporte aucune restriction ou réserve, qui est valable pour tous et en tous temps. S'oppose à relatif. Ce qui est absolu n'est pas considéré comme un rapport à autre chose.
Identité de rapports qui unit deux à deux les termes de plusieurs couples.
Au sens vulgaire, l'apparence s'oppose au réel car elle n'est qu'un aspect trompeur de la réalité. Mais, en métaphysique, le mot apparence peut aussi désigner ce qui, dans la représentation, est donné au sujet qui perçoit, conçoit les choses.
A partir du XVIIe siècle, le terme de "beaux-arts" est utilisé pour distinguer les arts qui visent la représentation du beau des "arts" qui sont de simples techniques (menuiserie, par exemple). Les beaux-arts comprennent l'architecture, la sculpture, la peinture, la danse, la musique et la poésie. De nos jours, le terme a une acception plus restreinte et désigne surtout les arts plastiques (architecture, gravure, peinture, sculpture).
Idée abstraite et générale construite par l'esprit. Soit une classe d'objets, de phénomènes. De ces objets, de ces phénomènes, l'esprit abstrait des propriétés communes. Le concepts permet de donner une définition ayant la même extension que cette classe. Le concept de chaise contient tous les éléments communs à l'ensemble des chaises.
La connaissance qu'a l'homme de ses pensées, de ses sentiments et de ses actes. La conscience, par cette possibilité qu'elle a de faire retour sur elle-même, est toujours également conscience de soi. C'est elle qui fait de l'homme un sujet, capable de penser le monde qui l'entoure. CONSCIENCE MORALE: Jugement pratique par lequel le sujet distingue le bien et le mal et apprécie moralement ses actes et ceux d'autrui. CONSCIENCE PSYCHOLOGIQUE : Aperception immédiate par le sujet de ce qui se passe en lui ou en dehors de lui.
En philosophie, attitude de l'esprit qui s'absorbe dans son objet ou qui accède à une réalité supérieure.
Ce mot désigne l'examen, par la raison, de la valeur logique d'une démonstration.
Le verbe vient du latin credere, qui signifie "tenir pour vrai", "faire confiance". La croyance implique donc l'idée d'une absence de connaissance, car il s'agit toujours de "se fier" au témoignage d'autrui.
En anthropologie, la culture désigne l'ensemble des croyances, connaissances, rites et comportements d'une société donnée. Certains réservent le terme de culture aux productions non matérielles d'une société, préférant parler de civilisation à propos des productions matérielles.
Chez Platon, forme de recherche philosophique de la vérité. Dans la pensée contemporaine, communication des consciences. En politique, effort de conciliation par la discussion. Dans tous les cas, respect de l'autre.
Faculté de connaître et de comprendre.
La notion d'esprit revêt plusieurs sens. Elle désigne d'une part l'intellect, la raison, la pensée. Elle désigne d'autre part l'âme, l'être immatériel qui constitue notre intériorité, notre personnalité. Les philosophes classiques ne faisaient pas de différence entre les deux: l'âme, qui relève du sentiment que nous avons de nous-mêmes, est aussi le siège de la pensée. C'est peut-être une indication qu'affectivité et raison sont plus étroitement unies qu'on ne le croit, dans l'esprit, précisément.
Caractère de ce qui tend vers un but de façon consciente (le médicament a pour finalité de soigner le malade).
Le terme d'histoire désigne deux réalités différentes: 1) la science qui étudie le passé de l'humanité et qui relate et interprète les faits. 2) les événements, les actes, les faits du passé, cad la mémoire des hommes.
Il convient de distinguer les illusions des sens et les illusions intellectuelles. Les premières ont une origine physiologique. Les secondes ont pour fondement les désirs et les passions.
Le jugement de réalité (ou d'existence) est un jugement porté sur les faits. Il s'oppose au jugement de valeur, qui est une appréciation subjective sur la valeur d'un objet, d'une action. Le jugement synthétique, d'après Kant, correspond au jugement de réalité, par opposition au jugement analytique, qui correspond aux propositions tautologiques de la logique (par exemple: un triangle a trois angles). JUGEMENT ESTHETIQUE : Acte de l'esprit par lequel nous déterminons si une chose est belle ou laide.
Caractère d'une réalité qui peut être attestée par l'expérience, qui est la même pour tous.
Rendement d'un travail intellectuel ou manuel par heure. Une bonne productivité consiste à accomplir un maximum de travail en un minimum de temps.
L'expression doit être prise comme synonyme de bon sens, cad la manière de raisonner qui est commune à tous les hommes.
Le monde sensible est le monde tel que nous le percevons à travers nos sens, par opposition au monde intelligible, qui est saisi par l'intelligence.
Apparence qui silule la réalité, qui se fait passer pour vraie.
Attitude d'une personne qui juge, pense ou apprécie en fonction de sa conscience, de ses opinions et ses goûts. En philosophie, on parle de subjectivisme pour définir un système de pensée qui accorde une place prépondérante au sujet pensant.
Du grec "tecknè", "art, métier". Procédés de travail ou de production qui supposent un savoir-faire. La technique désigne aussi les applications de la science proprement dite.
Qualité ou signification d'une chose abstraite (le vrai, le bien). C'est à partir de Nietzsche que la notion de valeur a été introduite dans la philosophie. Nietzsche a critiqué de façon radicale les valeurs chrétienne, trouvant l'origine de toute valeur chez l'homme.
Représentation globale et cohérente de l'ensemble de la réalité humaine. Freud, par exemple, nie le fait que la psychanalyse puisse être être une vision du monde. Pourtant, elle l'est bien. En effet, les réflexions du fondateur de la psychanalyse abordent tous les aspects de la vie humaine, qu'il s'agisse de l'évolution de la civilisation, de la création artistique, de la guerre, de la religion, etc.
Au sens large, ensemble des forces psychiques portant à l'action. Inclinations, désirs, passions relèvent de la volonté ainsi entendue. C'est la détermination arrêtée d'accomplir une certaine action. VOLONTE DE PUISSANCE: Cette notion n'a, dans la philosophie de Nietzsche, aucune connotation militaire, belliqueuse. Celui qui est puissant est celui qui a le courage et la force de réaliser ce que la vie lui demande de réaliser. VOLONTE GENERALE: Selon Rousseau, elle ne peut pas s'identifier seulement à la majorité. La volonté générale est unanime. Elle exprime en sa totalité l'esprit d'une communauté.
Acte par lequel un avocat reçoit un mandat de son client pour le représenter et l'assister dans un procès.
Situation de plusieurs personnes possédant un même bien ou titulaires d'un droit commun sur un bien meuble ou immeuble.

On pourrait spontanément être conduit à penser qu'une œuvre d'art n'est pas utile. En effet, elle n'est pas outil, et elle n'a pas une fonction pragmatique et matérielle. L’art apparaît ainsi bien souvent d’abord comme un luxe voire un divertissement, mais ne semble renvoyer à aucun caractère d’urgence et relever d’aucune nécessité. On comprend alors pourquoi on peut spontanément affirmer et penser que l’art est inutile. Si l’artisan fait œuvre d’utilité en produisant des outils, en agençant des moyens en vue d’une fin précise, l’artiste semble se distinguer de l’artisan non seulement parce qu’il produit de belles œuvres (telle est la distinction traditionnelle), mais aussi parce qu’il n’a pas la même utilité. Mieux encore l’artiste peut aller jusqu’à paraître néfaste au bon fonctionnement de la vie en commun. L’art ne serait pas alors simplement inutile, mais serait une pratique à condamner. Sur ce point, on  peut penser aux analyses de Platon dans la République lorsqu’il dit qu’il faut chasser le poète de la cité parce qu’il nous détourne de la vérité, parce qu’il ne joue que des sentiments et des émotions et parce que c’est un faiseur d’illusions. Toutefois,  si spontanément nous n’accordons pas la même utilité à l’objet artistique et à l’objet technique, encore faudrait-il préciser à quelles conditions nous parlons d’utilité. L'utilité n'est-elle pas toute relative à la fin qu'on se fixe ? Même un outil peut être inutile quand il n'est pas adapté à l'usage que l'on veut en faire. Reprocher ainsi à l'art d'être inutile, n'est-ce pas s'enfermer dans une certaine conception de l'utilité ? De plus, l'œuvre d'art ne vient pas satisfaire un besoin de consommation car l'œuvre d'art n'est pas intégrée à l'ordre des besoins vitaux et on peut même dire que l'art nous détourne complètement de la sphère des besoins. Dans ces conditions quelle peut être l'utilité d'une œuvre ? N'est-ce pas justement de nous apprendre le désintéressement même, la découverte de ce qui peut nous procurer une satisfaction en dehors de ce qui sert et est pratique. On peut dès lors s' interroger sur la fonction intellectuelle ou culturelle que l'œuvre d'art peut avoir : elle nous apprend peut être le sens de la gratuité, ce qu'on nomme parfois " l'art pour l'art ".

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